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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 19:46

La troisième distribution de cette série de Manon réunissait Isabelle Ciaravola et Mathieu Ganio. Les deux étoiles ont même eu droit à du rab puisque suite aux blessures consécutives d’Agnès Letestu et Ludmila Pagliero ils ont vu leur nombre de représentations presque doubler. Isabelle Ciaravola a même eu droit à deux représentations de plus avec Florian Magnenet en Des Grieux.

Après leur formidable Onéguine, c’est les yeux fermés que j’ai pris des places pour deux dates de cette distribution.

Il m’a fallu un peu de temps pour remettre mes idées en places après ces deux soirées et je ne suis pas certaine d’y être encore arrivée !

 

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Le premier acte s’ouvre donc sur une scène de foule où se mêlent mendiant et gens du monde. Au milieu Lescaut tournoie sous les traits de Yann Saïz. Le sujet semble ravi d’être sur scène et son énergie est communicative. Le danseur est très élégant et charismatique. A ses côté Hugo Vigliotti est un mendiant plein de fougue. Lors de la représentation du 8 mai j’ai d’ailleurs trouvé le corps de ballet du 1er acte très en place.

Au milieu de tous ces gens sautillants nous apparait le rêveur Des Grieux. Plongé dans ses livres il ne prête pas d’attention aux jeunes filles évoluant autour de lui jusqu’à la tonitruante entrée de Manon. Là c’est un véritable vent de fraicheur qui s’abat sur la scène en la présence d’Isabelle Ciaravola. Ce qui m’a le plus marqué dans l’interprétation de l’étoile tout au long du ballet est son naturel. Elle danse Manon comme elle respire. Son jeu est très théâtral mais jamais trop forcé. On en peut que croire à cette jeune femme qui attire tout les regards et s’en accommode bien. 

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Evidemment Des Grieux est sous le charme et cela fait pousser des ailes à Mathieu Ganio qui survole sa première variation avec une grande facilité, tout en élégance. Il est le seul titulaire du rôle que j’ai vu à se sortir de ce difficile passage avec autant d’aisance. Lui aussi danse Des Grieux comme il respire.

Le pas de deux de la chambre est un pur moment de lyrisme et de poésie. Les portés décollent à l’image des sentiments des protagonistes. On sent les deux danseurs parfaitement en confiance ce qu’il permet à Isabelle Ciaravola de jeter sans peur dans les bras de son partenaire pour les portés les plus acrobatiques.

Le pas de trois suivant entre Manon, Lescaut et M. de G.M. est également très réussi avec un Yann Saïz déchainé. Il forme avec Ciaravola un duo assez diabolique. On a moins l’impression que Lescaut manipule sa sœur. Plus qu’ils sont tous deux complices dans leur envie de profiter de l’argent de G.M.

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Au deuxième acte, nous sommes dans les salons de Madame où la fête bat son plein. Je n’ai pas pu m’empêcher de trouver Nolwenn Daniel un peu trop effacée en maîtresse de Lescaut. Elle manquait de piquant. Cela entachait d’ailleurs un peu son pas de deux avec Lescaut qui a eu du mal à me faire sourire le premier soir. C’était heureusement beaucoup plus convaincant la deuxième fois notamment grâce à Yann Saïz toujours très en forme. Sa variation ivre m’a peut être moins fait rire que celles de Jérémie Bélingard et surtout de Stéphane Bullion, principalement à cause d’une trop grande retenue dans les (fausses) chutes. Cela donnait l’impression d’être trop « dansé » là où Bullion et Bélingard s’étalent littéralement sur scène. Il est en revanche excellent dans le pas de deux où il trimbale cette pauvre Nolwenn Daniel dans tous les sens.

Arrive la sublime Manon aux bras de M. de G.M. Le mot qui m’est venu en tête tout au long de ce passage est « envoutante ». Son jeu est de plus extrêmement clair et lisible. On voit instantanément l’hésitation qui la déchire à chaque moment. Elle ne garde jamais toute son attention sur M. de G.M. et a toujours un œil sur le pauvre Des Grieux. On sent sa peine mais comme à la fin de l’acte 1, son envie de luxe la rattrape toujours. Elle est superbe dans sa variation mais plus encore dans le passage suivant où elle passe de bras en bras déployant ses longues jambes dans les airs. Elle y va sans retenue en particulier lorsqu’elle plonge vers M. de G.M. ce qui est du meilleur effet.

Après la fête, retour dans la chambre de Des Grieux. La confrontation entre les deux personnages est extrêmement réussie. Encore une fois, leur jeu est limpide ce qui fait vraiment passer l’émotion. Puis on bascule dans le drame avec l’exécution de Lescaut qui nous conduit tout droit vers l’acte 3.

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Changement total de décors puisque nous arrivons sur un port de Louisiane où dansent de belles jeunes filles, Letizia Galloni en tête.

Le débarquement des jeunes filles aux cheveux coupés arrêtées et déportées pour prostitution est très mélancolique. Il me paraissait un peu long lors des premières représentations mais je l’apprécie de plus de en plus. Il faut dire qu’Aurélien Houette est très bon pour faire peser l’atmosphère de terreur qu’inspire le geôlier.

La scène dans son bureau est assez dérangeante et vous glace de sang. Houette et Ciaravola sont tous les deux excellents. Elle, parait tellement fragile recroquevillée à terre et lui n’est que force et puissance. Arrive  Mathieu Ganio à la technique toujours aussi affutée qui tue le geôlier précipitant la fuite des deux amants dans les marais.

C’est avec cette distribution que j’ai redécouverts le passage de l’hallucination de Manon dans le bayou. Isabelle Ciaravola  est bien la seule Manon à ne pas être passive. Là où d’autres se contentent de rester allonger à attendre la mort, elle se tourne vers les acteurs de son cauchemar et revit son histoire avec eux.

Le dernier pas de deux se vie presque en apnée. C’est encore une fois la confiance entre les deux étoiles que l’on retient et l’abandon total dont ils font preuve. Il est très impressionnant de voir Isabelle Ciaravola faire deux tours dans les airs avant de retomber inerte dans les bras de Mathieu Ganio. Ce dernier est d’ailleurs très touchant lorsqu’il se rend compte de la mort de celle qu’il a tant aimé.

Dès le tombé du rideau les bravos fusent pour terminer en beauté ces soirées.

 

Après cette si belle distribution, j’attends maintenant avec impatience  les adieux de Clairemarie Osta le 13 mai  prochain. Je ne serai pas à la seule à vous en parler, nous risquons d’être nombreux !!

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Published by danse-opera.over-blog.com - dans Ballets opéra de Paris
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commentaires

Nâga.... 10/05/2012 22:39

merci pour ce bel article avec lequel je suis en tous points d'accord!

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